Les Franks: John et Jacob. Des bonheurs et des difficultés.

« Mes » Franks me donnent du fil à retordre. Bon je dis à retordre mais enfin il faut bien comprendre que je ne m’ennuie pas, mais alors là, pas du tout!!…  Car John, le père et son fils Jacob ont eu des vies bien remplies et surtout des vies bien ancrées dans leurs époques respectives. Je ne peux pas parler de ces deux gars-là sans comprendre, un tant soit peu, le cadre de leur vies.

John serait né vers 1719-1720 de parents juifs arrivés en Amérique entre la toute fin du 17e siècle et le tout début du suivant. Comment vivaient les juifs à cette époque dans les colonies britanniques?  Sur ce sujet les auteurs semblent a peu près tous d’accord. On peut même imaginer que les auteurs plus anciens auraient sur ce sujet une idée un peu plus précise des us et coutumes des familles compte tenu qu’ils y avait encore, peut-être, des témoins ou du moins des descendants se souvenant comment on vivait à l’époque.

Par contre sur la généalogie de ces familles juives, ces même auteurs se révèlent être moins précis ou carrément dans le champ . Je pense que la tradition orale est un facteur qui a beaucoup influencé les premiers auteurs de l’histoire juive nord-américaine, et les familles étant très dispersées, on peut alors penser que les histoires de famille n’étaient pas très précises.  Mais plus tard les auteurs se sont attachés à trouver les informations dans les sources. Un exemple, et je le donne sans trop entrer dans les détails, est David Salisbury (ou Salesby) Franks.  Des auteurs comme Sack et Marcus le disent fils d’Abraham Franks, et même Stern, plus récemment, dans sa biographie de David Franks (faire la distinction entre David et David Salisbury)  les donnent comme cousins, alors qu’ils sont oncle et neveu.  Par contre, les Godfrey (1995) affirment bien que David Salisbury est le fils de John Franks. Et grâce aux sources citées dans leur ouvrage,  on peut trouver le  répertoire des baptêmes de l’église St-Paul de Halifax pour mars 1750 et David Salisbury Franks y est bien noté le premier du mois comme fils de John Franks et d’Elizabeth, sa femme. Et, petite anecdote, dans les photos familiales retrouvées chez une de mes tantes, une copie d’un portrait connu de David Salisbury Franks, où il est noté tel quel ; « aide de camp de Washington. Prominent American Revolutionish (sic) in 1775. Colonel David Salisby Frank. grand oncle de Grand-maman R » (R; pour Rodrigue, le nom de fille de ma mère).

arriere image david s franks entre 1906-09

L’envers de l’image trouvé dans les photos familiales.

image david s franks entre 1906-09 2e

Portrait trouvé dans les photos familiales.

 

Abigaill Levy-Franks

Portrait dit de Abigail Levy-Franks. Peinture attribué à Gerardus Duyckinck circa 1735.

John est pourtant rarement cité comme le fils de, ses parents supposés, Jacob Franks et Abigail Levy.  Cette dernière a pourtant laissé de longues lettres la plupart adressées a son fils Naphtali qui vivait à Londres.  Ces lettres sont une belle fenêtre dans l’univers d’une femme juive pratiquante du 18e siècle.  Pourtant elle ne cite pas tous ses enfants. On peut certainement penser que nous n’avons pas retrouvé toutes ses lettres, mais je pense aussi qu’elle a du en quelque sorte rayer de ses pensées ses enfants qui ne se sont pas mariés avec des juifs étant ,comme je le disais, pratiquante.  On sait qu’elle a été très déçue quand sa fille Phila a marié un non-juif, Oliver DeLancey.  Je suppose que c’est un peu semblable avec John.  Car les deux femmes de John, Elizabeth (Merefield ?) et Appolonia Seymore  n’étaient pas juives.

 

jacob-franks pere de john

Portrait dit de Jacob Franks. Attribué à Gerardus Duyckinck circa 1735.

On sait, par contre, que Jacob, père, était plus enclin a « pardonner » ou a passer, disons, par-dessus ces considérations, étant marchand et tentant de conserver des liens d’affaires avec différents partenaires. Plusieurs de ses fils l’ont surement aidés d’ailleurs dans ses affaires. D’ailleurs, je pense que John s’est aventuré dans la toute nouvelle Halifax en 1749 dans le but de faire des affaires familiales.

 

 

 

Il est souvent mentionné par les différents auteurs qu’Abraham, un autre de la grande tribu des Franks qui a aussi oeuvré au Québec, qu’il est le fils de Jacob Franks et de Abigail Levy. Et dans un contrat de mariage liant Levy Solomons et Rebecca Franks, fille d’Abraham, il est mentionné que John Franks est l’oncle de Rebecca. On voit bien que John était encore inclu dans la grande fratrie du couple Franks-Levy malgré, peut-être, la réaction de sa mère.

Comme on le voit, rien n’est clair dans l’histoire de ces familles juives nord-américaines. Les historiens dans ce domaine, soit ils se contredisent ou encore ils ne font que répéter les même idées non-vérifiées. Mais comme nous parlons de gens qui ont laissé une longue documentation par les contrats notariés et leurs faits et gestes dans le domaine des affaires et de la politique, il suffit de beaucoup de temps, de patience et de travail pour bâtir une histoire intéressante.  Et du temps, j’en prendrais tant qu’il en faut!

 

Bibliographie et sources:

Abella, Irving (1990); A Coat of Many colours; two centuries of Jewish Life in Canada; Lester and Orpen Dennys ltd, 1990.

Anctil, Pierre et Jacobs, Samuel (sous la direction de ) (2015), Les Juifs de Québec. Quatre cents ans d’histoire, Patrimoine Urbain, Presses de l’Université du Québec, Québec.

Diner, Hasiar R. (2004); The jews of the United States 1654 to 2000; University of California Press, 2004.

Godfrey, Sheldon J. et Judith C.(1995), Search Out the Land; The Jews and the Growth of Equality in British Colonial America 1740-1867; McGill-Queen’s University Press, 1995.

Levy, Abigail (edited and with an Introduction by Edith B. Gelles), The Letters of Abigail Levy Franks 1733-1748, Yale University, 2004.

Malchelosse, Gérard (1939), dans le Cahier des Dix no.4 « Les Juifs dans l’histoire canadienne ».

Marcus, Jacob Rader (1975), Early American Jewry; the Jews of New York New England and Canada 1649-1794; KTAV Publishing House inc, New York,  (The Jewish Publication Society of America, 1951, pour l’édition originale).

Panet de Méru, Montréal, 30 mai 1775, contrat de mariage entre Levy Solomons et Rebecca Franks.

Sack, Benjamin, G.(1945), History of the Jews in Canada; From the Earliest Beginnings to the Present Day, Vol. One, From the French Regime to the End of the Nineteenth Century, Montreal Canadian Jewish Congress.

Stern, Mark Abbott (2010), David Franks, Colonial Merchant; The Pennsylvania State University.

Tulchinsky, Gerald (1992), Taking Root; the Origins of the Canadian Jewish community; Lester publishing Limited.Vaugeois, Denis (2011), Les premiers Juifs d’Amérique 1760-1860. L’extraordinaire histoire de la famille Hart, Septentrion.

Vaugeois, Denis (1968), Les Juifs et la Nouvelle-France, collection 1760, editions boréal express, Trois-Rivières.

Vaugeois, Denis (2011), Les premiers Juifs d’Amérique 1760-1860. L’extraordinaire histoire de la famille Hart, Septentrion, Québec.

 

 

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