Berthe Prévost, ou quand une mère meurt.

Récemment j’ai été touchée par une histoire qu’une cousine m’a racontée, et du coup mes pensées se sont envolées vers un grand-oncle que j’ai connu. En fait, elles sont allées vers le jeune enfant qu’il était et qui perd sa maman à l’âge de 20 mois…

berthe provost

Berthe Prévost

La mort de Berthe a chamboulée les vies de ses petits. À son départ, elle en a laissé dix… Oh, le plus vieux, Adrien a 19 ans, lorsqu’à la messe du dimanche matin, il apprend le décès de sa mère de la bouche du curé qui annonce le décès d’une de ses paroissienne, mais le plus jeune, Bernard, n’a que 20 mois. Sa vie, à ce petit, sera particulièrement bouleversée.

La vie de Berthe s’est terminée le jour où elle a donné naissance à la petite Marie qui ne vivra que quelques heures, le 21 février 1932 à St-Eustache.

Élène Bertha est née en novembre 1886 à Ste-Geneviève, qu’on nomme aujourd’hui Pierrefonds, un village de l’ouest de Montréal. Son père Ammon (ou Orice, enfin c’est une autre histoire!) est maçon et sa mère est Virginie Ribout dit Locas.

Ammon et Virginie auront 12 enfants. Berthe est la dixième et tous sont nés à Ste-Geneviève.

première eglise nd du st rosaire villeray

Église de Villeray coin St-Hubert et Villeray 1900-1918. (Flickr-Montreal-This is Montreal)

En 1911,  Berthe vit avec sa soeur ainée, Marie-Anne, à St-Léonard-de-Port-Maurice (St-Léonard sur l’ile de Montréal) où elle sont toutes deux institutrices dans une école élémentaire.  Sa soeur y rencontre un  homme de Villeray (le quartier que j’habite maintenant) et ils se marient au mois d’août à l’église Notre-Dame du-Très-St-Rosaire (coin St-Hubert et Villeray). Berthe y rencontre un menuisier de Ste-Dorothée (Ile Jésus-Laval), Eustache Chartrand avec lequel elle se marie en septembre à la même église. Les trois premiers enfants du couple naissent dans le quartier, trois garçons.

Puis, Eustache et Berthe iront vivre à Ste-Dorothée, le temps d’y voir naître deux autres garçons.

Et toute la famille se déplace vers Ste-Scholastique. La première fille du couple y nait ainsi qu’un autre petit garçon. Eustache est dit voiturier comme il est dit « carriage maker » dans l’annuaire montréalais Lovell quelques années plus tôt. D’ailleurs la famille habite tout à côté d’un forgeron, les deux métiers devaient être complémentaires. Par contre, Eustache a été sans emploi pendant 16 semaines entre juin 1920 et juin 1921…(1)

Puis nouveau déplacement vers St-Eustache où les derniers six enfants naîtront. Eustache est menuisier.

Sur treize naissances, trois enfants mourront quelques jours, voir quelques heures après leur naissance et dix survivront à leur mère. Vous savez, il se dit des choses dans toutes les familles. Celle-ci n’y échappe pas. On dit qu’Eustache était alcoolique. C’est courant, c’est commun vous direz. Et c’est souvent difficile à prouver, mais dans ce cas, plusieurs témoignages m’ont été rapportés. Il y a des histoires qui circulent.

Une des histoires qui m’a été rapportée par une cousine est bouleversante. Je reviens au grand oncle du début, le tout jeune bambin de 20 mois qui perd sa mère, et son monde. Bernard est le plus jeune… Et il est placé dans un orphelinat à Trois-Rivières, loin des siens, à plus de 150 km du monde qu’il connait.

Ses trois soeurs agées de 9, 6 et 4 ans seront placées au couvent de St-Eustache. Le curé de l’époque et la fabrique de la paroisse se sont organisés pour ne pas qu’elles soient séparées et qu’elles soient logées. Les autres enfants sont probablement jugés assez « vieux » pour travailler sur les fermes environnantes…

À l’orphelinat, le petit Bernard reçoit les visites de son grand frère Adrien. Les visites  sont « arrache-coeur » (expression de ma cousine) pour Adrien car l’enfant est en crise et pleure beaucoup. Il est le tuteur de l’enfant et ne veut pas qu’il soit mis en adoption mais ne peut le prendre lui-même car il n’est pas marié. Alors il trouve un couple de cousins qui hébergeront le petit et qui trouveront à le rendre utile sur leur ferme. Bernard serait resté près deux ans à l’orphelinat.

Mon grand père Fernand a, quant à lui, 7 ans, presque 8 lorsque sa mère décède. Il est resté dans sa famille. Mais on m’a rapporté qu’il lui arrivait de devoir aller quémander de la nourriture auprès du docteur du village. C’est ce genre d’histoires qui circulent.Je m’explique maintenant beaucoup mieux pourquoi Fernand, devenu veuf à 29 ans, alors que sa première femme Gilberte Lefebvre meurt à 28 ans en 1953 le laissant avec 4 garçons, se remarie rapidement.  Contrairement à son père, Eustache, qui ne s’est jamais remarié. En mariant Adrienne Poirier en 1954, Fernand a assuré une présence maternelle et rassurante à ses enfants, et les jeunes garçons ont pu avoir 5 autres frères et soeurs.

Adrienne était ma grand-mère et jamais je n’ai senti, personnellement, qu’elle faisait une différence entre les petits enfants des enfants du premier lit et ses enfants à elle. Mon père, deuxième garçon du premier lit, avait un profond respect et un grand amour pour cette femme.

J’éprouve, je dois l’avouer, une certaine gêne à parler d’événements qui se sont déroulés il n’y a pas si longtemps. Mais j’ai tout de même décidé de les raconter en espérant n’avoir froissé personne.

Sources et sites consultés:

(1) recensement du Canada 1921

Ancestry, Généalogie Québec (Drouin) et BaNQ

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2 réflexions sur “Berthe Prévost, ou quand une mère meurt.

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