Des enragés!!… ou les Patenaude-Farineau-Fournier contre les Bouthillier-Morand.

Je vous raconte maintenant une drôle d’histoire.

Enfin, disons tout de suite que ce sera une histoire sans fin. Enfin, il y a une vraie fin car on sait tous comment les choses finissent pour tout être vivant. Et pour nos ancêtres, ben disons, que nous avons l’avantage de connaitre quand les choses (les choses et la vie, oui) ce sont terminées pour eux…

Mais dans l’entre-deux moments, entre la naissance et la mort, ils ont vécus, et certains ont laissés des traces… Bon, généralement des traces sous forme de pistes de papiers (paper trail)…ou bien ont laissés des traces…sur leurs voisins (aïe!!). C’est le cas de trois de mes ancêtres.

En cette journée du jeudi 9 juin 1820 le bureau du juge de paix Barbeau à Rougemont est bien occupé. On s’y bouscule pour porter plainte contre Antoine Bouthillier, son épouse Julie Moran et leur fils Michel Bouthillier de Marieville.

Déposition de Marie-Angélique Farineau contre Julie Morand.

Déposition de Marie-Angélique Farineau contre Julie Morand.

Que s’est-il passé par ce beau printemps de 1820 à Marieville pour que les Bouthillier-Moran pètent les plombs? Je vous le dis tout de go, je ne le sais pas, mais je raconte tout de même.

Le 8 juin entre dix et onze heures du matin Julie Moran, épouse d’Antoine Bouthillier, aurait, selon la plaignante Marie-Angélique Farineau, « sans aucune provocation quelconque, frappé, battue, et assaillie….la dite dame déposante (Farineau), desquels coups elle en porte les marques tel que certifié par le certificat du Docteur Wm (William) Woods… », et le 9 juin, jour même de la déposition, toujours entre dix et onze heures du matin, Michel Bouthillier, marchand, fils de Julie Moran, aurait toujours « sans provocation quelconque serré les bras de la dite déposante (la Farineau) de manière à lui en faire porter des marques… » encore là, ces marques ont été vues par le même médecin.

La même dame a été maltraitée deux jours d’affilés par la mère et son fils…

Mais les dépositions ne s’arrêtent pas là. Le juge de paix Barbeau recueille aussi la déposition d’Étienne Fournier pour son fils François ainsi que d’un témoin, Louis Giroux. Selon Fournier et Giroux, le petit François, 10 ans, aurait été frappé avec un fouet qu’Antoine Bouthillier (époux de Julie et père de Michel) aurait ôté des mains du témoin parce que le petit François « passait sur le travers de la terre du dit Antoine Bouthillier, sans aucune provocation quelconque… ». Ouan…

Bouthillier-Moran 1820-TL32S1SS1 1995-07-004-19 page1Dans les trois cas, les plaignants demandent qu’un « warrant soit émané aux fins d’appréhender » les Bouthillier-Moran et de les conduire à Montréal pour qu’ils soient présents à la Cour de Sessions de Quartier (Quarter Sessions) de juillet. Malheureusement le seul document suivant que j’ai trouvé, car il semble y avoir un trou dans les archives du début des années 1820, c’est la comparution de Julie le 10 juillet 1820 à cette cour des sessions à Montréal. On peut supposer qu’Antoine et Michel auront aussi comparu mais les documents sont introuvables. Nous n’avons pas non plus de preuves qu’ils étaient en prison.

Mais qu’est-ce qu’il peut bien être arrivé pour que trois membres d’une même famille agressent ainsi leurs voisins?

 

Pour ce qui est du couple Bouthillier-Moran, soit Antoine et Julie, il n’y a rien dans les actes religieux ou notariés qui peut me laisser penser qu’ils vivaient une période difficile. Par contre pour leur fils Michel, c’est un peu une autre histoire.

À cette époque il a 24 ans et est veuf depuis 14 mois.  Il est seul avec deux jeunes filles, une de près de 3 ans et l’autre d’un peu moins de 2 ans. Marguerite Fullum, sa femme, est en effet décédée en avril 1819 à Marieville. Elle n’avait que 23 ans. Entre leur mariage en 1814 et le décès de Marguerite en ’19 ils auront vécu quatre naissances, 2 garçons et 2 filles et le décès des deux jeunes garçons.

Ils se sont mariés à Montréal et les 3 premiers enfants y naissent. Michel est charpentier jusqu’à leur installation à Marieville où il est devenu marchand. La petite famille déménage à Marieville entre juin 1817 et septembre 1818. Ça ne fait donc pas très longtemps qu’ils sont établis dans le petit village au moment des événements, par contre les Patenaude-Farineau y sont depuis au moins 1802. Même situation pour la famille du jeune Fournier attaqué par Antoine.

Antoine Bouthillier décède en 1829 à Montréal et Julie à Morand meurt chez son fils Michel à Beauharnois en 1831. Quand à Michel il se remarie en 1830 avec Apolline Franks, la fille de « mon » Jacob.

Enfin j’ai beau chercher mais je ne trouve pas de raisons apparentes pour un tel comportement… Trois membres d’une même famille qui s’en prennent à trois voisins sur une courte période de temps, dur de penser que les voisins étaient blancs comme neige…

 

Situons Antoine, Julie et Michel dans le temps:

Disons mon grand-père maternel, André Rodrigue; sa mère Grazziella Lamarche; ses parents Joseph Bricault dit Lamarche et Élisa Lahaise mariés en 1885 à Montréal; les parents d’Élisa, François Lahaise et Sara Apolline Bouthillier mariés en 1866 à Montréal; les parents de Sara, Michel Bouthillier et  Sophie Apolline Franks mariés en 1830; les parents de Michel, Antoine Bouthillier et Julie Morand mariés en 1783 à la Pointe-aux Trembles.

 

 

 

 

Source:

Documents consultés à la BAnQ.

 

 

 

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